Lalitâ-Kamalâ Valenta
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    If I Have To Die, Give Me a Little DeathQuitte à crever, je veux une petite mort
    Paris - Prague - Tunis - Marseille



This project is composed of four distinct series taking place in Paris (2021-2025), Prague (2025), Tunis (2025) and Marseille (2023-2024) and made of more than a hundred analog photographs. Moving through cities deeply linked to her identity, the artist constructs a photographic road movie exploring eroticism and migration. Dedicated to the people of the in-between, the project seeks to offer landmarks to the children of immigrants. Personal identity takes shape through one's relationship to others, to sexuality, and to gender expression. Across these different cities, she found herself photographing the same motifs over and over again: cakes, jewels, shop windows, landline telephones, bathtubs, bathrooms, doormats... These recurring symbols of eroticism and excess become manifestations of desire in its broadest sense: a lust for life. Eroticism takes on the role of pillar, anchoring a sense of place within ever-changing environments. Ce projet se compose de quatre séries distinctes se déroulant à Paris (2021-2025), Prague (2025), Tunis (2025) et Marseille (2023-2024), et rassemble plus d'une centaine de photographies argentiques. En parcourant des villes profondément liées à son identité, l'artiste construit un road movie photographique explorant les notions d'érotisme et de migration. Dédié au peuple de l'entre-deux, le projet cherche à donner des points de repère aux enfants de l'immigration. L'identité personnelle prend forme à travers le rapport à l'autre, à la sexualité et à l'expression de genre. Au fil de ces différentes villes, l'artiste s'est retrouvée à photographier sans cesse les mêmes motifs : gâteaux, bijoux, vitrines, téléphones fixes, baignoires, salles de bain, paillassons... Ces symboles récurrents d'érotisme et d'excès deviennent les manifestations d'un désir au sens le plus large : d'une rage de vivre. L'érotisme y joue le rôle de pilier, ancrant un sentiment d'appartenance dans ces environnements en perpétuelle mutation.

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'If I Have To Die, Give Me a Little Death'
little death: french expression meaning orgasm
'Quitte à crever, je veux une petite mort'


    An eaten birthday cake, a messy bedside table, a crumpled thong thrown on a cold tile floor... Lalitâ-Kamalâ Valenta archives her daily life in search of innocuous clues to the manifestation of erotic-loving desire. The analog imprint left by these personal anecdotes immerses us in an experience of pleasure, where it's less a question of looking than imagining. Captured with disposable cameras, the artist's snapshots fix instantaneity, at odds with the moving images delivered by the multitude of digital formats that saturate our subconscious. The fleetingness of the moments captured compels our imaginations to reconstruct the narrative of a beginning and an end, creating from scratch a narrative continuity in which erotic potential unfolds.

Suggestive, sometimes comical, these photographs play with our senses, showing and then hiding, ultimately toying with us. Through a frontal interrogation of our attitude as potential voyeurs, the scopic power is mocked and our posture demeaned. Yet it is in this disappointment with the control and direction of our pleasure that the vulnerability Lalitâ-Kamalâ is working on is revealed to us. A slightly faded color palette and a recurrence of childlike motifs contribute to an aestheticism of defeat that permeates these images, which evoke nostalgia for our own sorrows.

Making us accomplices in her disillusionment, the artist interrogates a latent reality, at both individual and systemic levels: loneliness and the disappointment of first erotic feelings resonate here with the impossibility of recognizing oneself in a social and urban space that eludes those who are trying to find their bearings and build their landmarks there. The brutal expansion of gentrification in cities, transformed by neoliberal policies to optimize the yield of space, impacts our behaviors and desires. In a world made hostile by the effects of these alienating and continuous mutations, Lalitâ-Kamalâ is in search of support. The urban environment is tinged with a strange familiarity, and like a diary, the city is transformed into an enclosed space; its walls become those of a bedroom, the kitsch wallpaper of a wild late adolescence.

Lalitâ-Kamalâ's sensitive study of our civilization of mores does not pretend to provide an unequivocal answer, but rather seeks to raise a question, which could be translated as:
'Dear Diary, and to all those who will take pleasure in browsing through you, help me to find interstices protected from the neoliberal machine and its crises so that I can, at last, live out my desires in an open sky.'
Gâteau d'anniversaire entamé, désordre d'une table de chevet, string froissé jeté sur un carrelage froid... Lalitâ-Kamalâ Valenta archive sa vie quotidienne à la recherche d'indices anodins de la manifestation d'un désir érotico-amoureux. L'empreinte analogique laissée par ces anecdotes personnelles nous immerge au cœur d'une expérience du plaisir, où il est moins question de regarder que d'imaginer. Capturés avec des appareils photographiques jetables, les clichés de l'artiste fixent l'instantanéité, à contre-pied des images animées délivrées par la multitude de formats digitaux qui saturent nos inconscients. La fugacité des moments saisis oblige nos imaginaires à reconstruire le récit d'un début et d'une fin, créant de toute pièce une continuité narrative dans laquelle se déploie le potentiel érotique.

Suggestives, parfois comiques, ces photographies jouent avec nos sens, jouent à montrer puis à cacher, pour, finalement, se jouer de nous. Au travers d'une interrogation frontale sur notre attitude de voyeur·euse potentiel·le, le pouvoir scopique est moqué et notre posture déchue. C'est pourtant dans cette déception provoquée par le contrôle et l'orientation de notre plaisir que se révèle à nous la vulnérabilité sur laquelle travaille Lalitâ-Kamalâ. Une palette de couleurs légèrement passées et une récurrence de motifs enfantins participent à un esthétisme de la défaite imprégnant ces images qui sollicitent la nostalgie de nos propres chagrins.

Nous faisant complice de ses désillusions, l'artiste interroge une réalité latente, au niveau tant individuel que systémique : solitude et déception des premiers émois érotiques résonnent ici avec l'impossibilité de se reconnaître dans un espace social et urbain qui se dérobe à celleux qui essaient d'y trouver leurs marques et d'y construire leurs repères. L'expansion brutale de la gentrification des villes, transformées par des politiques néolibérales d'optimisation du rendement de l'espace, impacte nos comportements et nos désirs. Dans un monde rendu hostile par l'effet de ces mutations aliénantes et continuelles, Lalitâ-Kamalâ est à la recherche d'appuis. L'environnement urbain se voit alors teinté d'une étrange familiarité, et à la manière d'un journal intime, la ville se transforme en un espace clos ; ses murs deviennent ceux d'une chambre, papier peint kitsch d'une sauvage fin d'adolescence.

L'étude sensible de notre civilisation des mœurs menée par Lalitâ-Kamalâ ne prétend pas apporter une réponse univoque, mais cherche plutôt à faire émerger un questionnement, que l'on pourrait traduire par :
'Cher journal, et à toustes celleux qui prendront plaisir à te parcourir, aide-moi à trouver des interstices protégés de la machine néolibérale et de ses crises pour, enfin, vivre mes désirs à ciel ouvert.'



-Alice Lucot, curatorcuratrice